Petites astuces pour garder le moral quand on milite

(Je me base dans cet article sur le cas du militantisme environnementaliste. Il s’agit d’un exemple et ces conseils sont bien entendu applicables aux autres luttes de justice sociale.)

Salut tout le monde !

Je vous retrouve aujourd’hui pour un article que, je crois, j’aurais bien aimé lire moi-même à certains moments. Il s’agit de six astuces à utiliser pour se préserver quand on milite (quelque soit la forme que prend notre militantisme). Parce qu’on perd parfois espoir, qu’il nous arrive d’arrêter d’y croire et d’avoir envie de tout arrêter, je pense qu’il est important de se préserver également. Ces conseils sont tirés de mon expérience personnelle, n’hésitez pas à nous partager les vôtres.

Allons-y !

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  1. S’entourer des gen-te-s qui partagent nos préoccupations. Parce que nous sommes souvent confronté-e-s à des situations catastrophiques sur divers plans et parce que l’on a sans doute tou-te-s pensé à un moment ou a un autre: « Si seulement j’avais pu ne jamais ouvrir les yeux sur ces réalités… » Parce qu’on peut se sentir désemparé-e face au déni ou au mépris de nos proches vis-à-vis de ces situations. Parce que rester uniquement entre personne engagé-e-s ne va pas changer le Monde en un claquement de doigts, mais parce que ça nous en donne parfois l’illusion et que ça fait du bien.
  2. Déconnecter. Faire des pauses, c’est essentiel. Surtout quand la tâche est à ce point prenante et usante émotionnellement et intellectuellement. Pour se préserver et parce qu’on ne peut pas être efficace si on ne se repose jamais. Alors prenez du temps (une semaine, un mois, un trimestre, une année,…)  pour vous et retournez-y quand vous vous sentirez prêt-e.
  3. S’autoriser à être triste et/ou en colère. Oubliez les « good vibes only » et autres injonctions au bien-être. Comme si c’était facile et qu’il suffisait de lire deux-trois citations inspirantes trouvées sur Pinterest pour que, hop, tout aille bien dans notre coeur et dans notre tête. Je dois aussi dire que face à certaines situations, la colère me semble être une réaction très saine. Et c’est normal de se sentir parfois frustré-e et/ou désespéré-e. Et il est très important de se souvenir que nous ne n’avons pas tou-te-s la même fragilité mentale.
  4. Ne pas laisser notre optimisme être entaché. Je crois qu’il existe trois catégories d’environnementalistes : les éternel-le-s optimistes qui sont convaincu-e-s qu’on réussira à sauver l’humanité, les ours polaires et les orang-outans (je ne serais pas étonnée d’apprendre qu’au plus le temps passe au plus leurs rangs rétrécissent) ; les « naturellement » pessimistes (c’est une question de tempérament et de caractère… ou de réalisme…) qui doivent bien, derrière leur défaitisme cacher un peu de l’espoir qui les motive à lutter; et enfin les personne qui, comme moi, s’efforcent de nourrir leur optimisme à renfort de bonnes nouvelles (qui sont certes rares mais qui ont le mérite d’exister) et de lectures enrichissantes, afin de ne pas sombrer dans le pessimisme (Il ne s’agit pas, bien entendu, de nier l’aspect dramatique de la situation.). Alors quelque soit son intensité, ne laissez pas cette précieuse lueur être abimée. Alimentez-la, et si elle venait à faiblir, n’oubliez pas qu’elle s’enrichit de chaque lumière dont elle croise la route.
  5. Se trouver d’autres activités. Parce que le militantisme (sous toutes ses formes) c’est prenant, intéressant, enrichissant et parfois satisfaisant mais ça l’est d’autant plus quand ça ne devient pas une corvée. Alors faites d’autres activités à côté, allez nager, vous promener, lire, écrire, cuisiner, cueillir des myrtilles, passer du temps avec vos proches ou profiter d’un concert (Un CD dans votre vieux lecteur, ça marche aussi. Oui, il y a encore des gen-te-s qui écoutent des CDs!) , bref, aérez-vous l’esprit !
  6. Vous êtes également important-e. Pour conclure tout ça, je dirais qu’il faut également penser à soi. Parce que peu de personnes ont les moyens (qu’ils soient psychologiques, financiers ou autres) de dédier leur vie à « la cause », et que ce n’est pas toujours un idéal en soi, il ne faut pas oublier que l’on compte aussi. Penser parfois à soi avant de penser au reste ce n’est pas être égoïste ou traître-sse. Nous ne devrions jamais oublier que qui que l’on soit, nous sommes important-e-s et que nos rêves et idéaux le sont aussi.

J’espère que ce petit article vous aura plu. Il ne se veut pas exhaustif, alors donnez-nous vous aussi vos petits conseils en commentaires.

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I send you green vibes,

   E.

Culpabilisation écologiste et greenwashing, ou pourquoi on ne sauvera pas le monde en consommant « eco-friendly »

Bonjour tout le monde (ou bonsoir, tout dépend),

Je vous retrouve aujourd’hui pour un article que j’ai pris du temps à penser, repenser, écrire et réécrire, tant le sujet m’est apparu vaste et compliqué à aborder de manière adéquate. Mais je suis finalement contente de vous le partager car il s’agit d’une question qui me tient à coeur, qui me fait toujours beaucoup réfléchir et qui a quelques fois donné lieu à des discussions très intéressantes.

Sans oublier que le but de ce qui va suivre n’est pas de livrer une analyse exhaustive du problème (loin de là), mais plutôt de partager avec vous un aspect de ma réflexion personnelle qui sera certainement amenée à encore évoluer.

Je compte donc sur vous pour nous dire ce que vous en pensez.

Je viens donc aujourd’hui pour vous parler de la culpabilisation des individu-e-s et de la logique du sauvetage de l’environnement par une consommation écolo, de l’achat aussi puissant qu’un bulletin de vote, et cetera (tu connais la chanson).

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La culpabilisation écologiste c’est ce procédé assez relou qui consiste à t’expliquer que quoique tu fasses, ça ne sera jamais assez; que puisque chacun de tes achats a un impact sur la demande, tu ne peux t’en prendre qu’à toi-même si les grandes industries dont tu consommes les produits polluent autant. Quelque part, c’est ce que t’as demandé. Selon cette approche, la consommatrice ou le consommateur aurait une responsabilité égale à celle des grandes entreprises émettrices de gaz à effet de serre (et autres joyeusetés).

Si cette approche est vraiment biaisée (j’essaie d’expliquer pourquoi plus bas), les grandes entreprises, qui ont vu dans l’intérêt croissant des gen-te-s pour l’écologie un outil de marketing, n’ont pas tardé à se l’approprier. On parle alors de greenwashing, moins communément appelé éco-blanchiment, en français.

Le greenwashing, qu’est ce que c’est précisément ?

Selon le site Internet greenwashing.fr: « Le greenwashing […] consiste pour une entreprise à orienter ses actions marketing et sa communication vers un positionnement écologique. C’est le fait souvent, de grandes multinationales qui […] par leurs activités polluent excessivement la nature et l’environnement. […] ».

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Si on peut penser en premier lieu aux nombreuses grandes marques de l’agroalimentaire qui proposent une gamme de produits biologiques, le site nous indique que dans certains cas, la pratique du greenwashing ne se joue que dans la communication, sans changement quelconque de politique de l’entreprise (Le site montre, parmi ses exemples, celui d’une chaîne de fast food connue, dont le nom commence par « M » et finit par « Donald’s », et qui s’est contentée de verdir son logo auparavant rouge.)

Il est vrai cependant que certaines entreprises adoptent parfois de réelles mesures qui visent à réduire leur empreinte sur l’environnement.

Ainsi, en 2011, l’ONG environnementale Greenpeace lançait la campagne « Detox » avec pour but d’amener les grandes marques de l’industrie textile à abandonner les onze substances les plus chimiques d’ici 2020. Cette campagne enjoignait de plus ces entreprises à mettre en place un système d’élimination des autres substances chimiques; les entreprises s’engageaient alors à une transparence totale vis-à-vis des consommatrices et consommateurs et des habitant-e-s vivant près des cours d’eau pollués par les usines.

Quatre ans après le lancement de cette campagne, Greenpeace partageait dans cet article  un bilan de la campagne; on y lit que 16 des entreprises qui se sont engagées auprès de l’ONG ont « réalisé des progrès tangibles et peuvent être considérés comme des ‘leaders de la Detox' ». Mais qui sont donc ces leaders? Si l’on regarde les entreprises citées, on remarque qu’il s’agit des plus importantes dans le domaine du textile, notamment connues pour leur total manque d’éthique et le bafouement des droits humains et des droits des travailleuses et travailleurs.

Si la campagne de Greenpeace est très importante et impactante, peut-on réellement considérer que ces marques ont une démarche écologiste ? Puisqu’il est important de se souvenir que l’écologisme est un projet politique global et pas seulement environnemental, je dirai que les éthiques humaine, environnementale et animale (tant qu’à faire, rêvons jusqu’au bout !) ne doivent pas et ne peuvent pas se passer les unes des autres.

Je ne crois pas qu’il s’agisse, dans le cas de cette campagne, de greenwashing car les entreprises sont réellement amenées à revoir leurs manières de produire et à s’interroger sur leur impact environnemental et sanitaire. Mais n’en résulterait-il pas la déculpabilisation de ces énormes entreprises dont l’existence même présente un problème écologiste en général et environnemental en particulier?

Par ailleurs, s’il est certain qu’en tant que consommatrice ou consommateur nous avons un petit pouvoir, il ne faudrait pas totalement se leurrer. Il est normal que l’on essaie, chacun-e à notre mesure de changer nos modes de consommation; il est évident que l’on ne peut pas continuer à vivre et consommer comme avant. Mais ce que l’on appelle la « consom’action » montre bien vite ses limites.

La « consom’action », qu’est-ce que c’est ?

Selon Wikipédia (oui, on fait avec les sources qu’on a), « la consom’action […] exprime cette idée selon laquelle on peut ‘voter avec son caddie’ en choisissant à qui l’on donne son argent, en choisissant de consommer de manière citoyenne et […] plus seulement de manière consumériste. »

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Le mode de « consom’action » base son raisonnement sur la logique d’offre et de demande (Comme je suis très loin de m’y connaître en économie, je te mets ici la définition.) « Si l’on cesse d’acheter, ils cesseront de produire! » La logique semble implacable. Mais les lois du marché (et là j’écris en te faisant croire que je comprends quelque chose aux lois du marché) ne fonctionnent pas ainsi. Cet article nous montre par exemple que si la consommation de viande a diminué en France ces dernières années, son exportation a augmenté. Il est écrit que: « Pour la filière bovine française, la nécessité de développer les exportations est également dictée par la baisse structurelle de la consommation. » Grosso modo, au moins on consomme de viande en France, au plus des animaux sont abattus pour l’exportation (et crois-le, je ne te dis pas ça pour que tu manges de la viande en te disant que dans tous les cas, tu ne peux rien y faire).

Cette logique des « petits gestes individuels » trouve également sa limite dans la réalité de la répartition des ressources. Parce que défendre que si chacun-e faisait attention aux emballages de sa nourriture, il y aurait beaucoup moins de plastique dans les océans (parce qu’une petite action fois sept milliards, trois fois par jour, ça fait beaucoup), ça ne fait pas grand sens lorsque l’on connaît le nombre de personnes qui dans le Monde ne peuvent pas manger à leur faim (et qu’on apprend au passage que les filets de pêche abandonnés représentent environ 46% du plastique présent dans les océans – si tu ne me crois pas, lis ça).

Mais une fois qu’on a posé tout ça, il ne faut pas oublier que malgré tout, le boycott économique est un outil politique dont il est important de s’emparer. Et parce que c’est normal de ne pas vouloir donner son argent à des grandes entreprises qui exploitent des humain-e-s et qui bousillent l’environnement (et parfois ta santé au passage); mais que si tu n’as pour le moment pas une « consommation irréprochable » (comme moi), c’est pas très grave, parce que c’est pas évident (pour ne pas dire impossible). Et parce que non, c’est pas parce que face aux industries notre action ne prend pas beaucoup de place que l’on doit faire couler le robinet toute la journée et acheter des tonnes de plastique qu’on jettera ensuite par terre. Et que oui, agir au mieux en accord avec ses idées et ses valeurs, quelque soit l’échelle et quelque soit l’impact, ça fait du bien au moral (et ça aussi, c’est important).

Sur ce, passez une bonne journée (ou une bonne soirée, tout dépend), et n’hésitez pas à nous dire en commentaire ce que vous avez pensé de tout ça.

I send you green vibes,

E.