La citation du jour #3 : Masculinité et politique sexuelle de la viande

‘Croyez-moi, la mort du machisme marque aussi la fin de l’homme qui se nourrit de viande et de pommes de terre.’ Ni l’un ni l’autre ne nous manquera.

En 1990, Carol J. Adams publie The Sexual Politics of Meat, traduit en français par La politique sexuelle de la viande. Par cette critique féministe végétarienne, l’autrice expose les liens entre l’oppression des femmes et l’exploitation des animaux. Carol J. Adams y développe autour du rôle de la consommation de viande dans le maintien de la domination masculine et du mythe de la virilité, et nous propose ces paragraphes :

 « En devenant végétariens, les hommes s’opposent à un élément essentiel du rôle masculin. Ils optent pour les aliments féminins. Comment peuvent-ils oser faire cela ? Un homme qui refuse la viande est efféminé, une ‘tapette’, un ‘pédé’. En effet, en 1836, la réaction au régime végétarien de l’époque, appelé Grahamisme, dénonçait que ‘[l]’émasculation est le premier fruit du Grahamisme’.

Les hommes qui choisissent de ne pas consommer de chair renoncent à un de leurs privilèges masculins. Le New York Times a exploré cette idée dans un éditorial concernant la nature masculine de la consommation carnée. Le ‘type à la John Wayne’, personnification du mâle mangeur de chair, a cédé sa place à un nouveau héros populaire plus ‘vulnérable’ […]. [Il mange] peut-être des poissons morts et des carcasses de poulets, mais pas de viande rouge. Certains hommes […] ont rejeté non seulement le rôle du macho, mais aussi la nourriture du macho. Le Times concluait : ‘Croyez-moi, la mort du machisme marque aussi la fin de l’homme qui se nourrit de viande et de pommes de terre.’ Ni l’un ni l’autre ne nous manquera. »

I send you « women for animal liberation » vibes,

E.

Les Labiorantines

 

Histoires d’utérus #3 : J’arrête la pilule !

Et depuis que j’ai arrêté la pilule, entre vous et moi, je me sens vachement mieux dans ma culotte !

Soyez prévenu-e-s : cet article n’est pas un réquisitoire contre la pilule. Si j’ai décidé de ne plus la prendre, je reste lucide sur le fait qu’elle présente d’importants avantages et qu’elle peut même s’avérer nécessaire à certain-e-s, notamment en cas de fortes douleurs menstruelles. Cependant, je dois dire que, aussi bien informée que je l’ai été lorsque j’ai voulu me diriger vers un mode de contraception, je n’ai pas tout à fait eu d’autre choix que de prendre la pilule. C’était facile, c’était accessible et c’était à peu près tout ce que l’on me proposait. À travers ce blog, il nous tient à cœur de défendre les choix des femmes et des personnes assignées femmes vis-à-vis de leur corps, mais pour qu’un choix en soit un, encore faut-il qu’il soit éclairé. Donc je pose ici mon petit coup de gueule contre la gynécologue qui m’a asséné, lorsque je l’interrogeais à propos des effets secondaires de la pilule, qu’il fallait arrêter « d’écouter la télé et de lire n’importe quoi sur Internet ». Sachant que c’est sur la notice de ma pilule que j’ai eu la confirmation du bien-fondé de mes questions, je trouve ce genre de comportement vraiment nocif car il s’agit purement et simplement de désinformation des patient-e-s.

En tout, je n’ai pris la pilule que neuf mois. Six mois sans arrêt puis trois mois un peu plus tard, tout ça réparti sur une année. Lorsque j’ai demandé qu’on me la prescrive, j’avais pour objectif de ne pas la prendre longtemps, et de passer rapidement à un DIU (dispositif intra-utérin a.k.a le stérilet, même si ça ne rend pas stérile) au cuivre qui est sans hormone. (Si tu te demandes pourquoi je ne m’en suis pas fait poser un immédiatement, c’est simplement que j’ai été marquée par une assez mauvaise expérience avec un gynécologue et son spéculum. Il m’a fallu un an pour me préparer mais ma gynécologue actuelle est super.) Je ne crois pas que les hormones aient entraîné chez moi une prise de poids ou de poitrine, et pendant quelques mois, je n’ai pas ressenti d’inconvénient. J’avais décidé de la prendre trois semaines sur quatre plutôt qu’en continu. Je saignais donc cinq jours par mois, mais la prise continue d’hormones n’est pas plus dangereuse.

C’est il y a deux mois que j’ai pris la décision de cesser de prendre la pilule. Ça a été précipité par un épisode de ma vie ni très glamour ni très sympa puisqu’il s’agit de sécheresses intimes (l’expression qu’on utilise dans les pubs pour te parler de sécheresses vaginales, quoi.). (Eh ouais, les meufs et les mecs, ça arrive !) Ça a duré environ deux mois durant lesquels j’ai à peu près tout essayé, bien que je sache d’où ça venait. Et depuis que j’ai arrêté la pilule, entre vous et moi, je me sens vachement mieux dans ma culotte ! Un autre élément important que j’ai constaté (et désolée à mes proches si vous passez par là), c’est que l’histoire de la-pilule-qui-détruit-ta-libido-et-tu-ne-t’en-rends-compte-que-quand-tu-l’arrêtes-parce-que-t’avais-trop-perdu-l’habitude-pour-t’en-apercevoir, et bien ce n’est pas un mythe ! (Y a des chances que tu décides de prendre la pilule pour avoir une vie sexuelle épanouie, donc si ça ôte de ton corps tout désir charnel, ça n’a pas trop d’intérêt, vois-tu ?)

Après avoir attendu un mois et demi, je me suis décidée il y a un peu plus d’une semaine à porter mes ovaires prendre mon courage à deux mains et à aller me faire poser le fameux DIU au cuivre. Ça s’est super bien passé. (Est-ce que ça m’a fait mal au moment de la pose ? Oui ! Genre grosse douleur de règles – toi-même tu sais ce dont je parle – pendant quelques secondes. Mais pour le coup, la réaction est vraiment très personnelle.) Et puisque j’ai eu mes règles depuis, j’ai pu remarqué que c’était un peu plus abondant et douloureux qu’avant que je prenne la pilule. Je dois aller faire une échographie trois semaines après la pose afin de voir si le DIU est bien placé. Autre désavantage que j’ai pu observer, c’est l’apparition de boutons sur mon visage, due à l’arrêt des hormones. Seulement quelques boutons que je traite par ailleurs, ce qui n’est pas très dérangeant, mais j’imagine bien que pour certain-e-s il s’agit d’un facteur très important.

Je me sens vraiment mieux dans mon corps depuis que j’ai arrêté la pilule et je profite de terminer cet article pour rappeler que les préservatifs sont le seul moyen de contraception qui protège des infections sexuellement transmissibles. Je vous propose également, si ça vous intéresse et que je souhaite l’écrire, de publier dans quelques mois un article pour un retour sur le DIU.

I send you contraceptive vibes,

E.

Les Labiorantines

À nous les femmes

À nous les femmes qui existons,

À nous les femmes qui luttons,

À nos mères, à nos soeurs et à nos filles,

À celles qui sont parties, à celles qui viendront,

À notre force, à notre union,

À notre résistance,

À notre résilience,

Joyeux 8 mars à toutes !

Don’t give up the fight !

E.

Les Labiorantines.

 

La citation du jour #1 : À propos de l’écoféminisme

Bonjour à tou-te-s,

L’article pour lequel on se retrouve aujourd’hui introduit une nouvelle catégorie qui, je l’espère, sera régulièrement mise à jour. C’est ici que nous partagerons des citations et des extraits de textes qui nous inspirent ou qui nous parlent, alors n’hésitez pas à nous envoyer les vôtres (Je vous mets notre adresse mail en fin d’article, vous pouvez également trouver le lien de notre page Facebook sur la page d’accueil). Dites-nous également en commentaire ce que vous pensez de cette nouvelle série d’articles et de ce premier partage.

« Les écoféministes avancent le fait qu’en raison des rapports sociaux dans lesquels les femmes sont inscrites majoritairement dans nos sociétés, ces dernières font l’expérience qu’une culture qui se construit contre la nature est une culture violemment misogyne, cette dernière justifiant son rapport de prédation à l’égard de l’une sur le dos de l’autre et inversement, imposant de mener de front ces différentes luttes. […] Loin d’essentialiser les liens construits historiquement entre les femmes et la nature, mais sans faire pour autant comme s’ils n’existaient pas, les écoféministes proposent de les penser comme une ‘position privilégiée’. On peut entendre par là l’idée d’un rôle spécifique des filles dans les luttes écologiques lié à la place socialement construite occupée par ces dernières dans nos sociétés. […] faire des connexions entre les femmes et la nature une ‘position privilégiée’ est une façon d’inviter ces dernières à transformer ces liens subis en outils de lutte et d’émancipation. » – Émilie Hache, en préface de Rêver l’obscur. Femmes, magie et politique, Starhawk, aux éditions Cambourakis

I send you ecofeminist vibes,

E.

(Pour nous contacter : leslabiorantines@laposte.net)

 

 

Histoires d’utérus #2: Tout sur la coupe menstruelle

Bonjour à tou-te-s!

Je vous reviens aujourd’hui pour le second article des « Histoires d’utérus » (J’ai pas tardé, je sais. Mais j’avoue que le sujet me passionne assez.) et c’est pour vous parler de la fameuse, de la formidable, de la révolutionnaire coupe menstruelle.

J’ai appris l’existence de la coupe menstruelle, communément appelée la cup, il y a quelques années déjà, alors que le net commençait à voir fleurir tout un tas d’articles et de vidéos vantant les mérites de ce mode de protection périodique. Je ne l’ai pas utilisée tout de suite et ça ne fait que depuis janvier dernier que je suis devenue adepte de la chose. C’est donc avec un recul de onze cycles, soit approximativement 55 jours d’utilisation, que je viens vous en parler.

Je tiens à rappeler que je ne suis ni doctoresse, ni gynécologue, ni sage-femme et que je ne livre ici que le fruit de mes expériences et de mes recherches.

Mais avant tout, la cup, qu’est-ce que c’est?

Parce que même si son utilisation se démocratise de plus en plus (on peut maintenant en trouver en supermarché), j’ai conscience qu’elle reste méconnue de pas mal de gens. Et c’est tout à fait normal, car personne n’a encore vu de publicité pour la coupe menstruelle à la télévision ou dans la rue (Tu veux arrêter de donner ton argent à des entreprises qui s’en balancent de ta santé et qui détruisent l’environnement? Adopte la coupe menstruelle! *insert le dessin d’une cup remplie de sang rouge, pas bleu*). Alors laissez-moi vous livrer une brève explication.

La coupe menstruelle est une protection périodique faite de silicone médical qui s’introduit dans le vagin, afin de récolter le sang des règles.

Voilà, c’est pas plus compliqué que ça! Du coup je te mets une photo en-dessous pour que tu aies une meilleure idée de ce à quoi ça ressemble, si tu n’en n’as jamais vu.

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(Et là c’est le moment où, si tu as un vagin et que tu ne connais pas la coupe menstruelle, tu te dis : « Mais comment je vais faire rentrer ça? » Ne t’en fais pas, je t’explique tout dans les lignes qui suivent.)

La coupe menstruelle se place donc à l’intérieur du vagin grâce à différents types de pliage. Vous pourrez trouver diverses méthodes sur Internet (Si tu ne sais pas comment on fait, il suffit de taper « Comment mettre une coupe menstruelle ? » sur Ecosia et de cliquer sur le premier lien, ça devrait aller. Je vais quand même pas tout faire pour toi !). Pour ma part, je pince ma cup au milieu, pour lui donner une forme de U et je la glisse dans mon vagin, comme un tampon (avec cependant le soulagement de ne pas insérer du chlore et de la dioxine dans la partie la plus perméable de mon corps). C’est possible de tout de suite sentir la cup se déployer, mais elle reste généralement pliée, à cause de l’effet ventouse des parois du vagin. Il suffit alors de la tourner (ou d’utiliser une autre méthode, selon ce qui nous convient le mieux, mais tout ça vient avec la pratique) pour qu’elle se déplie et puisse ainsi recueillir le flux menstruel. Elle se retire en pinçant l’extrémité avec deux doigts afin d’annuler l’effet ventouse et se vide dans les toilettes ou dans la douche (de préférence – mais je te dis ça, après tu la vides où tu veux, hein.)

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La cup, comme les tampons d’ailleurs, peut être assez longue à apprivoiser pour certaines personnes. Il se peut même qu’elle ne vous soit pas adaptée (et ce n’est vraiment pas grave), mais généralement, ça devient facile après trois ou quatre utilisations. Il existe d’ailleurs différentes tailles de cup, les marques en proposent généralement deux : une plus petite pour les personnes n’ayant jamais accouché par voie basse et/ou ayant des règles peu abondante, et la seconde plus grande, pour les personnes ayant déjà accouché par voie basse et/ou ayant un flux abondant. Il faut alors choisir celle qui nous conviendra le mieux (et si tu te trompes la première fois, tu peux très bien réessayer avec une autre taille, au final ça te reviendra toujours moins cher que des protections « conventionnelles » ). Même si une cup bien placée n’est pas supposée laisser passer de fuites, il peut arriver de se retrouver en fin de journée avec une petite tâche de sang au fond de sa culotte (ou de son string, de son shorty, de son tango  de son caleçon, chacun-e fait bien ce qu’iel veut – je trouve quand même que pendant les règles rien ne vaut la vieille culotte en coton toute détendue) ; il suffit de prendre des précautions et de mettre un protège-slip ou une serviette (lavable, c’est encore mieux !).

Et afin d’éviter les risques d’infection, il est important de nettoyer à chaque fois sa cup avant de la remettre, de se laver les mains avant de la mettre et de la retirer et de bien la stériliser dans de l’eau bouillante au début de chaque cycle.

Les avantages de la coupe menstruelle

Comme vous l’aurez compris, j’aime beaucoup la coupe menstruelle. Je vais donc lister ici, et de manière non exhaustive, les principaux avantages que je lui trouve.

    • La cup, c’est bien plus écologique que les tampons : Je compare ici la cup aux tampons car il me semble que c’est le type de protection « conventionnelle » qu’elle permet de remplacer. Elle présente les mêmes avantages, c’est-à-dire principalement la discrétion et la possibilité de faire du sport avec, notamment de la natation, mais sans les inconvénients (dont je te parle un peu plus bas). Et si selon le site Fleurcup une personne réglée est amenée à utiliser en moyenne plus de 12 000 tampons et plus de 12 000 serviettes jetables dans sa vie (tampons et serviettes jetables non-recyclables et fabriqués dans des conditions extrêmement polluantes pour la plupart), une cup bien entretenue ne se change que tous les dix ans. Que de déchets évités!
    • La cup, c’est économique : Toujours selon le même site, les personnes réglées dépenseraient en moyenne, au cours de leur vie, 2400 € en tampons et autant en serviettes jetables. En-dehors du fait que les protections périodiques devraient être gratuite, mais ne partons pas sur ce sujet-là, une coupe menstruelle coûtant entre 15 et 30 €, si on en utilise quatre au cours de sa vie (une cup qui dure dix ans, quarante ans de sa vie avec des règles tous les mois – sauf périodes exceptionnelles comme la grossesse et les mois qui suivent), le budget variera entre 60 et 120 €. On est loin des 4800 €.
    • La cup, ça permet de mieux comprendre son corps : Comme vous pouvez voir sur le dessin plus haut et comme vous le savez sans doute déjà (et si tu le savais pas c’est pas grave, maintenant tu sauras), le vagin n’est pas tout droit, mais un peu incurvé. Alors pour ma part, j’étais au courant, mais c’est vrai que la cup permet de bien s’en rendre compte. Puisqu’il faut, pour la retirer, mettre le bout de ses doigts dans son vagin pour la pincer, je trouve qu’elle permet de bien appréhender son corps. Également, elle m’a permis de me rendre compte de la quantité de sang que je perds pendant mes règles (qui est bien moindre de ce que peuvent laisser penser les serviettes) et si je n’étais personnellement pas répugnée plus que ça par mon sang, je comprends maintenant que ça n’a vraiment rien de dégoûtant (je trouve ça même particulièrement stylé d’avoir un corps qui a des règles – j’attends quand même pas cette période avec impatience chaque mois, abuse pas.)
    • La cup, c’est meilleur pour la santé : Ces dernières années, le grand public a été informé de la composition particulièrement nocive des tampons, qui n’est d’ailleurs pas affichée sur les boîtes de protections « conventionnelles ». De la dioxine aux dérivés de chlore en passant par le glyphosate (oui l’hercide qui tue les abeilles, tout à fait), c’est un vrai cocktail chimique que l’on met à l’intérieur de notre corps, les muqueuses, et particulièrement celles de notre vagin, étant la partie la plus perméable du corps. (Ça donne envie, n’est-ce pas?) Le port prolongé de tampon a également donné lieu à de nombreux cas de Syndrome du Choc Toxique (je te mets un article ici pour comprendre la chose, en attendant de te faire un article dessus – ou pas) et, si la cup n’empêche pas de le contracter, elle réduit très grandement les risques (n’oublie donc jamais de changer de tampon toutes les quatre heures ou de vider ta coupe menstruelle toutes les six heures). Pour finir avec les effets sympas du tampon sur le corps, il faut savoir qu’il peut également provoquer notamment des mycoses (oui le truc qui te démange l’entrejambe au point que tu évites de sortir de chez toi quand t’en as), car il absorbe toutes les sécrétions vaginales et créé ainsi des sécheresses vaginales (un autre truc sympa) qui favorisent les irritations et les micro-traumatismes qui aident au développement des mycoses. La cup protège en revanche la flore vaginale en ne récoltant que le sang menstruel.
    • La cup, ça permet de récupérer son sang pour en faire des choses formidables : Je t’en parlais rapidement dans l’article précédent, mais il existe des artistes qui utilisent leur sang menstruel pour peindre. Si c’est un projet, vous pouvez tout à fait vider votre cup dans un bocal et attendre – ou pas – la fin de votre période de règles pour vous lancer dans votre création. Pour ma part je ne sais pas peindre mais il faut que j’avoue, et s’il-vous-plaît, dites-moi que je ne suis pas la seule à penser ça, que lorsque je vide ma cup dans mes toilettes, je trouve que le sang qui se dilue dans l’eau et qui fait des formes étranges sur les parois, c’est vraiment très joli (on ne juge pas, chacun-e se réapproprie son corps comme iel peut). Le sang menstruel est par ailleurs un puissant fertilisateur, donc rien n’empêche de l’utiliser, mélangé à de l’eau, pour aider vos plantes à pousser. Je doute que vous réussirez à arroser votre potager entier, mais je trouve ça génial ! (Et si ça te dégoûte, rappelle-toi qu’on utilise des excréments de chevaux pour nourrir ses plantes.) Pour finir, rien ne vous empêche d’utiliser ce sang récolté dans le cadre d’une action féministe ; je vous laisse l’imagination libre à ce sujet.

Les inconvénients de la coupe menstruelle

Après vous avoir dressé un portrait unilatéral de la coupe menstruelle et de ses moult vertus, laissez-moi vous partager les quelques inconvénients que je lui trouve.

  • La cup ne protège pas du Syndrome du Choc Toxique : Je me répète sans doute, mais ce point-là, que ce soit concernant les tampons ou concernant la cup, me semble primordial. La cup réduit les risques de contraction du Syndrome du Choc Toxique mais elle ne les annule pas complètement. Le Syndrome du Choc Toxique est lié à la prolifération du Staphylocoque doré (je te laisse faire tes petites recherches) qui est favorisée par la stagnation du sang dans le vagin. Afin d’éviter cela, il est très très très (très très très) important de vider et de rincer sa cup toutes les six heures (et pas toutes les douze heures comme on croyait au début). Pour ma part, j’ai commencé à l’utiliser en pensant qu’il était sans danger de la vider toutes les douze heures et, même si la journée je la nettoyais plus souvent, il m’arrivait de la garder toute la nuit. J’ai dorénavant opté pour des serviettes lavables la nuit, qui permettent en plus au vagin de « se reposer » un peu.
  • La cup n’est pas pratique à changer dans les lieux publics : Puisqu’il est important de rincer régulièrement sa coupe menstruelle au cours d’une journée, il faut avoir accès à un point d’eau. Et comme vous aurez remarqué, les toilettes publiques, hormis celles réservées aux personnes handicapées, ne possèdent pas de lavabos à l’intérieur des cabines individuelles. Je vais donc vous livrer ma petit technique pas si secrète que ça, puisque je me doute que personne n’a envie de vider son sang en public, tout ça par souci de civilité. J’emporte donc toujours une petite bouteille d’eau dans mon sac. (Le genre de petite bouteille en plastique que tu t’es retrouvé-e à devoir acheter d’urgence – mais comme t’es écolo tu t’es dit que tu la garderais, sauf que t’as pas envie d’avaler des résidus plastiques dans une bouteille vieille de trois semaines. Maintenant tu sais quoi en faire !) Une fois ma cup vidée et l’oeuvre d’art qui en résulte observée, je verse un peu d’eau à l’intérieur et je frotte afin de faire partir le sang.
  • La cup peut faire mal si elle est mal positionnée : La plupart des personnes réglées ont certainement déjà expérimenté la sensation du tampon mal placé (appelée aussi la pire sensation au monde, juste avant le petit doigt éclaté contre un coin de canapé) ; avec la cup, c’est à peu près pareil. Je vous conseille donc d’apprendre à bien la placer et d’être à l’aise avant de sortir avec. Comme avec les tampons, un peu de pratique et de persévérance sont nécessaire si vous avez envie d’utiliser la coupe menstruelle.
  • La cup n’est pas adaptée à tout le monde : C’est bien possible que la coupe menstruelle ne vous convienne pas. Si après de nombreuses tentatives ça ne fonctionne pas, laissez-la de côté, ne vous mettez surtout pas la pression pour ça. Vous pourrez réessayer plus tard si vous le souhaitez, mais ne vous sentez pas anormal-e parce que vous n’avez pas réussi ou ne pouvez pas l’utiliser. Je connais des gen-te-s qui ont été dégoûté-e-s lors du premier essai car iels avaient mal pincé leur cup pour la retirer et que la douleur les avait poussé-e-s à ne pas réessayer. J’ai également conscience que la situation physique de certaines personnes ne leur permet pas d’utiliser la cup ou que d’autres ont du mal à voir du sang, voire en ont une phobie. Et même si, comme je le disais précédemment, la cup est économique,  il s’agit d’un investissement que tout le monde ne peut pas se permettre. Je voudrais également ajouter que pour les personnes qui ont des pertes abondantes et qui doivent régulièrement vider leur coupe menstruelle, ce peut être irritant. Ce n’est pas parce qu’énormément de gen-te-s vantent les avantages de la cup – dont moi, donc – qu’elle convient à tout le monde. Nous sommes tou-te-s différent-e-s et même si vous êtes un-e écologiste convaincu-e, il existe d’autres méthodes pour vivre ses règles avec le moins de déchets possibles. Je vous ferai des articles plus tard sur ces types de protection. (Et si tu aimes les tampons ou que tu ne peux pas faire autrement, tu n’en n’es pas moins écologiste.)

Pour terminer, je vous dirai que le but de cet article est purement informatif. La santé des femmes et des personnes assignées femmes n’est clairement pas une priorité à ce que l’on peut voir et je pense qu’il est important que nous ayons tou-te-s les ressources nécessaires pour faire des choix éclairés sur les protections que nous utilisons et leur impact sur notre santé. Mais si vous n’avez pas le choix ou que vous avez envie de continuer à utiliser des tampons bio ou même des tampons « conventionnels », libre à vous, personne ne vous jugera (et si quelqu’un vous juge, dites-lui que ça suffit, la cup est pleine).

Je précise de nouveau, parce que c’est très important, que je ne suis pas une professionnelle de la santé et que si jamais vous avez un doute ou un problème, il vous faut en parler à un-e spécialiste.

J’espère que cet article vous aura plu,

I send you menstrual vibes,

E.

Histoires d’utérus #1 : Quelques ressources pour comprendre les règles

Bonjour à tou-te-s,

J’espère que vous allez bien, parce que moi je suis ravie de vous retrouver pour une série d’articles que j’avais hâte d’inaugurer! Alors soyez les bienvenu-e-s dans … « Histoires d’utérus »! Ici on parlera de contraception(s), de menstruations, d’acceptation de son corps et d’autres choses encore! Si vous voulez participer en nous envoyant un texte, je vous remets notre adresse mail en bas de page (vous pouvez également nous contacter via notre page Facebook dont vous trouverez le lien en page d’accueil).

Je trouve que tout ce qui concerne les règles, la santé de l’utérus, etc. est vraiment intéressant mais on en parle encore trop peu. Alors je suis particulièrement heureuse d’ajouter aujourd’hui ma petite pierre à l’édifice de la « révolution menstruelle », afin d’en finir avec les effets néfastes du patriarcat sur le corps des femmes et des personnes assignées femmes.

Et comme ce mois-ci a été particulièrement riche en terme de lectures féministes, j’ai décidé de vous introduire cette catégorie d’articles par le partage de deux livres que j’ai beaucoup aimés et qui traitent des règles.

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(J’admets que niveau photo, on est pas sur de la très grande qualité.)

Le grand mystère des règles, pour en finir avec un tabou vieux comme le monde de Jack Parker et

Au cours de l’année passée, j’ai été amenée à faire un exposé sur les règles en temps que problématique féministe, et je me souviens que le livre de Jack Parker qui venait d’être publié nous avait servi, à mes camarades de travail et à moi, de support. Mais je n’avais pas pris le temps de le lire en entier. Alors il y a quelques mois, quand j’ai vu dans ma librairie que Le grand mystère des règles était paru en poche (ce qui est vraiment intéressant d’un point-de-vue du prix), je n’ai pas hésité à l’acheter. Je l’ai posé sur ma pile de livres à lire (ou plutôt sur mon étagère de livres à lire), et ce n’est que pendant ce mois de novembre que je me suis décidée à le commencer.

Il se lit facilement et rapidement et il est illustré par de très beaux dessins. L’autrice l’a divisé en deux parties distinctes ; la première traite des questions pratiques liées aux menstruations (quelles protections utiliser pendant ses règles, comment soulager les douleurs et les crampes, peut-on avoir des rapports sexuel durant cette période-là, etc.) et la seconde porte davantage sur la théorie l’analyse féministe de la question.

Jack Parker introduit son livre en parlant de ses premières règles qui sont arrivées tard et de son questionnement autour de sa féminité, ce qui, je pense, parle à beaucoup de personnes qui ont été réglées assez tard. Elle nous livre quelques-unes des expériences perçues comme honteuses qu’elle a vécues, ainsi que son cheminement vers l’activisme menstruel (So badass!). J’ai vraiment apprécié cette introduction, parce qu’elle banalise ce qui semble être extraordinaire et devrait être caché.

On entre dans le premier chapitre du livre avec une explication scientifique du cycle menstruel, ce qui est vraiment agréable, parce que c’est finalement le côté des règles que l’on aborde le moins souvent, alors que c’est quand même la base. Elle insere un petit lexique pour permettre à la lectrice ou au lecteur de comprendre précisément ce dont on parle, et même si personnellement j’aime bien les métaphores poétiques pour parler des règles (les lunes ou les fleurs, par exemple), ça fait quand même du bien de lire quelqu’un qui en parle (enfin, qui écrit dessus, tu m’auras comprise) en des termes scientifiques. Parce que soyons honnêtes, si certaines personnes donnent aux règles un joli petit surnom, c’est peut-être pour les présenter comme quelque chose de positif, mais la plupart du temps c’est clairement pour ne pas prononcer le nom de cette chose terriblement repoussante (les règles aka Celles-Dont-On-Ne-Doit-Pas-Prononcer-Le-Nom). Parce qu’il s’agit avant tout d’un processus naturel qui n’est ni positif, ni négatif (même si se le réapproprier comme quelque chose de positif peut-être une manière d’inverser le stigmate).

Jack Parker nous livre ensuite une petite liste de « Ce que j’aurais aimé savoir sur les règles avant des les avoir », avec au programme entre autres « De l’art de repeindre les toilettes », « Les caissiers s’en foutent », « Le marécage inter-fessier » ou « Les tampons éjectables ». J’imagine qu’en lisant juste les intitulés, toutes les personnes réglées savent à quoi ils font référence et l’écrivaine parvient ainsi à défaire la gêne que l’on peut ressentir vis-à-vis des plus ou moins petits désagréments des règles.

Le reste de la première partie offre un aperçu quasiment exhaustif des différentes protections périodiques, en pesant les avantages et les inconvénients de chacune, ainsi des conseils, alimentaires notamment, pour minimiser les douleurs et les crampes menstruelles (elle insiste également dans son livre qu’il n’est pas normal de souffrir pendant ses règles, et il me semblait important de le rappeler ici). Elle explique également que chaque personne a un cycle différent, ainsi que diverses manières de le vivre.

Ce qui est vraiment bien dans cette première partie, c’est que Jack Parker n’émet aucun jugement, elle cherche au contraire à décomplexer les personnes réglées sur le sujet. Elle écrit par exemple que les tampons, et en particulier les tampons « conventionnels » peuvent être dangereux pour la santé, et que chacun-e devrait être au courant des risques qu’iel encourt en utilisant les tampons qui sont souvent présentés, avec les serviettes jetables, comme la seule protection. Mais elle ajoute à cela que chacun-e doit être libre de ses choix, particulièrement quand il s’agit de son corps, et qu’il serait très malvenu de dire à quelqu’un-e que ce qu’iel utilise les mauvaises choses. Les premiers chapitres du livres sont purement informatifs et c’est vraiment le genre de choses que j’aurais aimé lire il y a quelques années.

La deuxième partie de l’ouvrage se concentre davantage sur le traitement médiatique et culturel des règles à travers les siècles et les époques. Je dois admettre que les derniers chapitres m’ont un peu laissée sur ma faim. Mais je comprends aussi que l’intérêt du livre est qu’il condense la plupart des sujets liés aux règles, sans nécessairement vouloir les traiter de fonds en combles, et qu’il sert davantage à ouvrir des portes de réflexions à la lectrice ou au lecteur. Elle inspecte à travers ces lignes l’instrumentalisation des règles qui a été et qui est toujours faite afin de dominer les femmes, ou de justifier leur domination (#T’asTesRèglesOuQuoi). Le passage que j’ai préféré dans cette partie-là du livre, c’est celui où elle expose différentes oeuvres d’art qui ont été réalisées à partir de sang menstruel, que ce soit en l’utilisant comme peinture ou en le photographiant. Je trouve que l’idée de peindre une toile avec le sang récupéré dans sa coupe menstruelle est terriblement révolutionnaire (dommage que je ne sache pas peindre). La présentation qui est faite de cet art menstruel m’a permis de découvrir plein de choses géniales, et je pense d’ailleurs écrire un article consacré à ça.

Jack Parker conclut en invitant les lectrices et lecteurs à parler des règles et à s’interroger sur leurs propres barrières mentales, pour détruire ce tabou « vieux comme le monde », car « Il est temps de traiter les règles – et surtout les personnes qui les ont – avec le respect qu’elles méritent ».

Même si je mettrais un petit bémol sur le style d’écriture qui, à titre personnel ne m’a pas emballée, j’ai vraiment aimé ce livre, et je pense que toutes les personnes réglées ou qui vivent avec une ou des personnes réglées (compagne ou compagnon, mère ou père) auraient intérêt d’avoir ce livre dans leur bibliothèque. Je pense qu’il est particulièrement utile pour les plus jeunes car plus personne ne devrait avoir vivre sa puberté avec honte.

Si vous l’avez lu, dites-nous ce que vous en avez pensé, sinon, n’hésitez pas à l’emprunter/l’acheter/le voler (je rigole, venez pas me dénoncer quand on vous arrêtera).

Ceci est mon sang. Petite histoire des règles, de celles qui les ont et de ceux qui les font, Élise Thiébaut

J’ai découvert Ceci est mon sang, de la même manière que Le grand mystère des règles (l’année dernière, l’exposé, tu vas pas me dire que t’as déjà tout oublié de c’que j’t’ai dit?) . Celui-ci je ne l’ai pas acheté, je l’ai emprunté à la bibliothèque (plutôt pratique quand t’as pas d’argent) et je l’ai dévoré en quelques jours.

Avant tout, ce qui m’a beaucoup plus dans ce livre, c’est qu’il est vraiment très drôle. Élise Thiébaut nous raconte son histoire avec les règles et l’endométriose avec un humour que j’ai adoré et qui a rendu mes trop longs moments passés dans les transports bien plus agréables.

L’écriture inclusive est nécessaire, n’en déplaise aux académicien-ne-s

Salut à tou-te-s !

On vous retrouve aujourd’hui pour un article imprévu, que l’on a jugé nécessaire d’écrire suite à un petit incident que nous allons vous expliquer rapidement.

On est samedi, et alors qu’on traîne sur Internet, on tombe sur un blog qui tient lieu de journal participatif où différentes personnes sont amenées à s’exprimer sur des sujets divers. Alors qu’on parcourt la section « Société », on tombe sur un article intitulé « L’écriture inclusive ou la mort de la langue française » (Là, c’est le moment ou toi aussi tu commences à tiquer.)

Cet article nous explique, à grand renfort d’antiféminisme primaire, en quoi la lutte pour une langue non-genrée ne se contente pas d’être inutile et absurde mais nuirait en plus à « la plus belle langue du Monde » (le Français, tu l’auras compris – what else ? ).

Sur ce, très légèrement titillées par l’enchaînement de clichés sexistes et psychophobes, entre autres, et alertées par l’illustration absolument immonde de LGBTQphobie (nous vous en épargnerons la description) , on écrit un commentaire à l’auteur. Dans ce commentaire on explique poliment en quoi on juge l’écriture inclusive nécessaire et pourquoi les arguments exposés dans l’article nous semblent impertinents.

Quelques heures plus tard, alors qu’on se rend sur le site pour voir si l’auteur a répondu, on se rend compte que le commentaire a disparu. (#LesFéministesVousÊtesPasOuvertesÀLaDiscussion)

La colère passée, nous nous sommes dit que tant mieux, ça ferait l’objet d’un article à part entière, que l’on aurait eu le temps de mieux construire et réfléchir.

Dans cet article, nous allons donc vous livrer quelques-unes de nos réflexions sur l’utilisation du langage comme outil de domination et sur la nécessité d’affirmer encore et toujours l’importance de l’écriture inclusive.

Nous jugeons également important de réaffirmer que la lutte contre le patriarcat, la domination masculine et le système de genre doit faire partie intégrante de l’écologisme politique.

https---www.causeur.fr-wp-content-uploads-2017-11-ecriture-inclusive

Dans un premier temps, il est indispensable de percevoir la langue comme outil de domination politique. La langue française, dans le domaine, s’illustre par son passé et son présent coloniaux. Nous ne développerons pas sur ces sujets-là, qui demanderaient des articles à eux seuls, que nous ne sommes pas habilitées à écrire.

En France, la langue officielle est réglementée par l’Académie française dont, selon Wikipédia, « la fonction est de normaliser et perfectionner la langue française ». Il nous semble important de rappeler que, sur trente-six académicien-ne-s, seulement cinq sont des femmes (ce qui nous fait donc trente-et-un hommes, dont un autoproclamé philosophe, connu pour ses moult prises de positions racistes – entre autres). Et l’Académie française, qui se porte « garante de l’avenir [..] lance un cri d’alarme : devant cette aberration ‘inclusive’ […] la langue française se trouve désormais en péril mortel, ce dont notre nation est dès aujourd’hui comptable devant les générations futures. » (Arrête de rire s’il-te-plaît, et reprend ton souffle pour la suite.) (Mais si tu veux quand même te bidonner un peu, on t’invite à lire le rapport de l’Académie française sur la catastrophe planétaire que représenterait l’adoption de l’écriture inclusive.)

Quoiqu’en dise l’Académie française, c’est le peuple qui fait la langue et les différents argots et parlers dont elle s’enrichit sans cesse ne sauraient être codifiés par une institution supérieure. (On ne remet pas ici en cause la nécessité de réglementer la langue de manière générale.)

Dans l’introduction de son livre Le deuxième sexe, Simone de Beauvoir nous explique comment, par la définition du masculin comme Absolu, le féminin est relégué à la position de l’Autre. C’est exactement ce que l’on observe dans la langue française où le masculin est posé comme neutre. Or, incroyable mais vrai, le masculin n’est pas neutre. La fameuse règle grammaticale « le masculin l’emporte sur le féminin » n’est pas une expression dénuée de sens profond mais bien l’illustration concrète d’un système global de pensée.

Nous allons donc, à travers l’analyse et la déconstruction du soi-disant raisonnement de notre très cher ami censeur (qui présente des arguments communs chez les opposant-e-s à l’écriture inclusive), vous montrer en quoi l’écriture inclusive est nécessaire, du moins pour l’instant, à l’émancipation des femmes et que derrière la lutte contre son adoption se cache un attachement à la domination masculine.

(On ne joindra pas ici le lien de l’article, mais tu nous remercieras plus tard.)

L’auteur de l’article commence par nous accorder, avec la bonne volonté qui, soyons-en sûr-e-s, le caractérise, que « féminiser » (Ce n’est pas nous qui mettons les guillemets) la langue est un combat honorable – il emploiera la suite de son article à nous démontrer en quoi la féminisation de la langue n’est pas un combat honorable.

Après nous avoir écrit qu’il s’agissait d’un projet absurde, il note que cette lutte participe à « l’augmentation du ras-le-bol intégral envers les féministes » – le gars ne mâche pas ses mots. Ben oui, ce sont les féministes qui créent l’antiféminisme, tu ne l’as quand même pas oublié ? Tu ne vas pas me dire que tu croyais que c’était un effet du patriarcat qui, à chaque tentative des femmes de se libérer de son joug, ne tarde pas à leur renvoyer le bâton dans la tête ? Ce même féminisme dont les partisan-e-s, nous explique le rédacteur de ce merveilleux texte, voudraient « la destruction du français comme langue universelle ». En dehors du fait que cette phrase ne veut strictement rien dire, notre cher ami censeur, plutôt que de se targuer de l’universalité du français, ferait mieux de se souvenir dans quel contexte il s’est imposé comme « langue universelle »…

Suite à cette remarque d’une grande pertinence, notre cher L. (c’est ainsi qu’il signe) nous expose la pensée suivante: « Aujourd’hui la femme [à prononcer « la fâme », selon l’Académie française] se sent attaquée parce que ‘le masculin l’emporte sur le féminin' », nous suggérant ainsi que la féminisation des mots et l’écriture inclusive sont une lubie des féministes d’aujourd’hui, des fameuses Social Justice Warriors (SJW) qui sévissent en ligne.

Il serait bon qu’il se souvienne, ou qu’il apprenne, que la langue française n’a pas toujours été dictée par ces règles oppressives. C’est en effet au XVIIIème siècle que l’emploi du féminin a largement été réduit dans la langue française. Auparavant, des expressions telles que « philosophesse », « apprentisse » ou « doctoresse » étaient employées. De quoi faire dresser les cheveux de nos académicien-ne-s ! C’est également au XVIIIème siècle qu’a été officiellement abandonnée la règle de l’accord de proximité. (Réac’ quand ça t’arrange, pas vrai ?)

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BD de Joy: https://www.facebook.com/joylilworld/

L’auteur de l’article qui a motivé le nôtre s’étonne également que les défenseuses et défenseurs de l’écriture épicène (non genrée) revendiquent la féminisation des métiers lorsqu’il s’agit de doctoresses ou d’autrices, mais pas lorsqu’il s’agit d’éboueuses, de chauffeuses ou de plombières, qui « ne mériteraient pas qu’une femme y mette les pieds ». En faisant ainsi passer les féministes pour des princesses bourgeoises (plutôt écolos, les antiféministes, à toujours recycler leurs « arguments »), il affiche son mépris de classe (qu’il prétend dénoncer) et invisibilise les expériences de femmes appartenant à ces corps de métiers. Parce que ce qu’il nous écrit là est totalement faux. Le projet d’une écriture inclusive concerne absolument tous les aspects de la langue. Il nous dit aussi, à propos des métiers de docteurs, auteurs et médecins que « les femmes peuvent elles aussi réussir dans ces domaines ». (Le mec se serait renseigné ne serait-ce que deux minutes sur les inégalités dans le monde du travail, qu’il aurait compris que sa phrase méritait d’être précisée.)

Il explique aussi que si une étudiante échoue à l’université ou qu’un homme bat sa femme (on notera la délicatesse et la pertinence du rapprochement entre les deux), ce n’est pas à cause de la grammaire française. On a une bonne nouvelle pour toi mon pote : personne n’a jamais prétendu ça. Et si tu pouvais éviter d’expliquer qu’un homme qui bat sa femme c’est parce qu’il est « mentalement malade », on t’en serait tou-te-s reconnaissant-e-s (les malades mentales et mentaux et les femmes en particulier).

On approche de la fin de l’article quand l’auteur nous conseille de prioriser la lutte contre les violences faites aux femmes (les vraies violences, tu vois, pas les violences symboliques comme « le masculin l’emporte »), les inégalités salariales (ah, on a fini par lui dire que le travail était un secteur inégalitaire ?) ou les harcèlements sexuels. Oui, je sais que tu t’y attendais ; qu’il finisse son article en expliquant aux femmes comment combattre la domination masculine qu’il défend tout au long de son article. Mais tu finis par avoir l’habitude, pas vrai ? Tu sais que l’écriture inclusive, c’est comme la « taxe rose », c’est comme le harcèlement de rue, c’est comme le prix des tampons ou le congé menstruel, ça passe après. C’est futile tout ça.

Tiens-toi le pour dit: « Si […] le premier ministre Edouard Philippe a banni l’écriture inclusive des textes officiels […] [c’est pour] protéger l’image de la France et sa culture. » La France, donc, ne peut pas se permettre de « féminiser » sa langue, cela risquerait de lui faire perdre la face à l’international…

Qu’il le veuille ou non, la culture et la langue sont amenées à évoluer et son rejet de l’écriture inclusive s’inscrit largement dans le chauvinisme dont il fait preuve tout au long de l’article.

Mais si cet article semblait intéressant pour nourrir le nôtre (et pas pour son contenu, tu l’auras compris), c’est parce qu’il illustre bien que, derrière cette défense du « patrimoine linguistique », c’est bien le maintien d’un ordre patriarcal qui se joue, consciemment ou non.

La partie immergée de l’iceberg offre de solides bases au patriarcat, et il importe de le combattre partout où il se trouve.

On terminera en disant qu’en dehors d’une prise de position que l’on juge nécessaire, cet article est là pour dénoncer le fait que notre réponse à l’article initial a été supprimée. Parce qu’on aurait très bien pu choisir de se taire, ce qui nous a été explicitement intimé. Parce que ce qui se joue là, ce n’est pas notre égo, c’est le fait qu’en tant que femmes on nous invisibilise doublement : dans la langue et par la « censure » de nos idées (particulièrement lorsqu’elles vont dans le sens de notre libération), que ce soit comme ici par un effacement pur et simple, par la violence verbale ou juste parce que l’on a intégré qu’il fallait nous taire.

Alors si toi aussi t’es plutôt « langue de Beauvoir » que « langue de Molière », n’hésite pas à nous dire ce que tu as pensé de tout ça et n’oublie jamais que ta parole est importante.

(Et pour celles et ceux qui trouvent que l’écriture inclusive, c’est pas le top de l’esthétique, on vous invite à lire les livres de la maison d’édition Cambourakis qui sont édités avec des formes variées d’écriture inclusive; on s’y fait très rapidement.)

We send you feminist vibes,

A. et E. (merci à Joy pour la libre utilisation de son dessin, à S., A., C., M. et E. pour la relecture)